Éditions Premières Lignes

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Grassfields. Revue des sciences historiques. Volume 5

5.000 Fcfa

Département d’Histoire et Archéologie (Faculté des Lettres et Sciences Humaines, Université de Dschang)

 

Parution : Avril 2025

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Grassfields est un mot forgé par les colons anglais, à la suite des Allemands, émerveillés par les paysages verdoyants qui étaient apparus soudainement devant eux lors des premières expéditions exploratoires sur les Hautes Terres de l’Ouest Cameroun. Étymologiquement et morphologiquement, Grassfields est un composé qui vient de l’anglais grass, signifiant herbe et fields qui renvoie quant à lui, à champ – au figuré comme au sens propre -, pré ou prairie. Par extension, grassfields désigne prairie, terre ou pays de savane.
Le choix de l’appellation Grassfields comme titre de cette revue tient de ce qu’au-delà de ses origines ambiguës résultant de la rencontre entre cette entité territoriale et humaine, et deux puissances coloniales, ce terme a fini par incarner une terre de rencontre et d’échanges, un des épisodes de son histoire récente tout aussi significatifs que sa géographie physique ou ce milieu écologique, foyer d’un peuplement ancien et d’une civilisation remarquable qui a su écouter, dialoguer et trouver de l’harmonie avec la nature.
Le Département d’Histoire et Archéologie de l’Université de Dschang, fille de ce terroir singulier, témoin et bénéficiaire privilégié de son biotope et de sa culture, voudrait ainsi lui exprimer sa gratitude.

Sommaire du volume

pp. : 7-11 Editorial : Le passé, les archives et l’histoire : le document comme vecteur de connaissance
pp. : 13-29 Archives et écriture de l’histoire : ancrage épistémologique et insertion dans l’historiographie africaine (XIXe-XXe siècles) Ludovic Boris Pountougnigni Njuh Les archives occupent une place majeure en histoire depuis l’affirmation de son statut de discipline universitaire au XIXᵉ siècle. Conçue avec les outils validés pour étudier les sociétés disposant d’une tradition d’écriture, la discipline eut cependant du mal, dans son déploiement, à rendre compte de l’évolution des sociétés dominées par l’oralité comme celles d’Afrique. Ce travail analyse le processus de consécration des archives en histoire pour mettre en exergue les dynamiques de leur insertion dans l’historiographie africaine. L’objectif est de montrer que les archives ont certes réussi à fonder l’identité épistémologique et méthodologique de l’histoire, mais que leur prépondérance n’a cessé d’évoluer depuis le XXᵉ siècle, au gré des débats qui, en Afrique notamment, ont associé leur pertinence à la complémentarité avec d’autres sources, muettes et orales, en l’occurrence. En analysant les discours historiographiques qui ont influencé l’évolution de l’histoire, il apparaît que l’historiographie contemporaine doit aux méthodistes la cristallisation de la scientificité de la discipline à partir des archives à partir du XIXᵉ siècle. Embrumée par l’idéologie coloniale quand elle sort de l’Europe, l’objectivité du méthodisme est cependant trahie par les apories d’un narratif qui se veut universel, mais reste narcissique et présomptueux à l’égard des civilisations non européennes. L’avènement d’une historiographie universelle cohérente au XXᵉ siècle résulte de la réflexivité méthodologique entamée par les historiens des Annales et élargie par les historiens africains. Elle se sédimente sous la forme d’un courant nouveau, la Nouvelle Histoire, dont l’écriture peaufine ses horizons vers la totalité et le global.
pp. : 31-54 Les archives locales et l’écriture de l’histoire de la décolonisation du Cameroun sous administration française Patrick Junior Ngouné, Cyril Kenfack Nanfack & André Calvin Pessetvé Dans l’entre-deux-guerres, l’école des Annales inaugure une nouvelle façon de faire l’histoire qui se matérialise par l’usage pluriel des sources. Depuis lors, la pratique de l’historien est légitimée par l’utilisation de plusieurs types de sources qui rendent compte des activités humaines dans le passé. Parmi ces sources, les archives apparaissent comme des traces privilégiées en raison de leur plus grande étanchéité. Leur contribution dans la saisie des dynamiques et évolutions humaines et sociales les rendent incontournables pour le travail de l’historien. C’est pourquoi les centres d’archives sont des lieux où se fabrique l’histoire par la consultation des documents qui permettent de tisser la trame d’un phénomène social passé. Au Cameroun, si les archives nationales de Buea (ANB) et de Yaoundé (ANY) sont restées longtemps des destinations principales des chercheurs, nous observons que les centres d’archives locales suscitent désormais beaucoup d’intérêts dans le milieu des chercheurs en Histoire. C’est la raison pour laquelle cet article envisage de déterminer l’importance des archives locales dans l’historiographie de la décolonisation du Cameroun sous administration française. Sur la base de l’analyse constructiviste et l’approche qualitative qui implique une observation participante, cette contribution veut montrer que les archives locales sont une mine d’or pour le chercheur en Histoire qui souhaite examiner les dynamiques de l’intérieur de cette période de transition complexe qu’on appelle décolonisation. Ainsi, il est nécessaire de faire une étude historique de ces fonds d’archives locales en montrant comment les chercheurs mobilisent leur intelligence pour se déployer dans ces centres qui comptent plusieurs problèmes, mais qui participent à l’évolution de l’écriture de l’histoire de la décolonisation du Cameroun sous administration française.
pp. : 55-68 État postcolonial, administration archivistique et mémoire collective au Cameroun Alawadi Zelao Dans les sociétés jadis colonisées, la question d’archive est toujours sujette à querelles aussi bien entre les acteurs de l’histoire eux-mêmes qu’entre les chercheurs. Parce qu’elle est fortement chargée du sens idéologique et fait l’objet d’usages pluriels, l’archive est au cœur de la question nationale. Dans ce texte, l’objectif est de situer, dans une perspective historique, la pratique archivistique au Cameroun indépendant. En effet, dans la trajectoire historique de ce pays qui a accédé à l’autonomie par la voie de la lutte nationaliste, l’archive constitue un précieux instrument dans l’édification de la nation. En raison de ce qu’elle condense les hauts faits de l’histoire et renseigne sur la conduite des acteurs (coloniaux et/ou autochtones), l’archive sert d’information et de témoignage d’une société nationale. Si la pratique archivistique relève d’un héritage colonial, l’État camerounais a œuvré à sa réappropriation au regard de la consignation administrative des documents. En outre, l’archive structure la mémoire collective et articule la construction de l’unité nationale.
pp. : 69-89 Valoriser les archives : l’exposition de Brahim Akhiate, une étude de cas marocaine Omar Id Tnaine Cet article étudie la valorisation des archives publiques à travers l’exposition des archives de Brahim Akhiate aux Archives du Maroc. Il examine comment cette exposition a contribué à susciter l’intérêt du public pour l’histoire marocaine tout en mettant en lumière les défis de conservation opposés à l’accessibilité des documents. Les méthodes de recherche incluent l’analyse du contenu des documents exposés, des entretiens avec les organisateurs et l’examen des réponses médiatiques. Les résultats montrent une forte réception publique, mais soulignent également les tensions entre valorisation et conservation. La discussion se concentre sur les implications méthodologiques, culturelles et éducatives de telles initiatives, proposant des stratégies pour équilibrer accessibilité et préservation. En définitive, cette étude de cas offre des perspectives pour la gestion des archives à travers l’Afrique, en soulignant l’importance de la formation, du financement et des technologies numériques pour la valorisation archivistique.
pp. : 91-111 La restitution numérique des archives coloniales africaines : enjeux, défis et perspectives pour une nouvelle gouvernance des sources historiques Ulrich Espédit Soglo Les archives africaines, en particulier celles de l’époque coloniale, sont des témoins indispensables pour la recherche historique et la compréhension des dynamiques sociopolitiques et culturelles du continent. Cependant, l’accès à ces archives est souvent limité, en raison de leur dispersion géographique, des contraintes administratives, et des obstacles politiques. La majorité de ces documents se trouve encore dans les anciennes métropoles coloniales, privant les pays africains d’une partie essentielle de leur patrimoine documentaire. Dans ce contexte, la numérisation des archives coloniales apparaît comme une solution innovante pour améliorer l’accès à ces ressources, tout en permettant une réappropriation historique et culturelle. Cet article explore la problématique de la restitution numérique des archives coloniales africaines, en mettant l’accent sur le cas du Bénin. Il se propose d’analyser les perceptions et attentes des différents acteurs impliqués dans ce processus, ainsi que les défis méthodologiques, techniques et éthiques qui l’entourent. La numérisation des archives offre une opportunité de pallier les obstacles à l’accès physique, tout en contribuant à la préservation de ces documents pour les générations futures. Toutefois, cette restitution numérique revêt également une dimension politique, visant à rétablir le lien entre les Africains et leur histoire.
pp. : 113-131 Des archives en ligne : documenter l’histoire du Cameroun à l’ère numérique. Entre enjeux, pratiques et renouvellement historiographique Williams Pokam Kamdem Cet article examine comment la numérisation et la mise en ligne d’archives coloniales et multilatérales reconfigurent l’accès aux sources pour l’histoire du Cameroun, dans un contexte marqué par la difficulté d’accès aux archives physiques. Les plateformes numériques, bien qu’elles offrent un accès inédit à des corpus autrefois dispersés ou difficiles d’accès, introduisent également de nouvelles asymétries documentaires et exigent un renouvellement de la critique historienne. L’étude repose sur une analyse qualitative d’un ensemble de portails numériques (Allemagne, Royaume-Uni, France, SDN, ONU) et de leur architecture documentaire. Les résultats montrent que ces ressources ouvrent des perspectives heuristiques intéressantes, permettent un croisement plus systématique des sources et pallient partiellement les limites d’accès aux archives au Cameroun. Toutefois, elles imposent une vigilance accrue quant aux biais de sélection, aux médiations technologiques et aux rapports de pouvoir implicites dans la production du patrimoine numérique.
pp. : 133-165 Science archéologique : des éléments de faiblesse dans la pratique au changement de paradigme pour une intégration des problématiques localisées Magloire Moundoubou Originellement, l’archéologie investiguait sur les problématiques portant sur les dynamiques sociales des existants d’autrefois. Progressivement, pour éviter de rester coincée dans le passé, elle a commencé à interroger des occurrences qui se rapprochent du présent. Entre temps long et temps court, des contingences contemporaines observées tendent à plonger l’activité dans une sorte de préjudice. Parce que ces contingences méritent des dévoilements, entre subjectivité, incertitude et complexité, l’archéologue ne devrait plus inscrire son action dans une logique de désespoir de cause. Le sort réservé aux différentes découvertes à propos des sites et des vestiges archéologiques, ainsi que les implications des populations locales, sont autant des modalités à intelliger. Car ce qui est observé sur le terrain présente des interstices qui ouvrent la porte à une réflexion préoccupante ou non moins inintéressante. Pourtant, harmonisés en bonne intelligence, ces paramètres devraient maintenir la dragée encore plus haute de cette discipline. Partant du principe que l’archéologie est une discipline scientifique avec des canons spécifiques, ne peut-on pas envisager un changement paradigmatique en rapport avec des problématiques localisées dans le contexte camerounais ? Le diagnostic visant une actualisation et une conceptualisation des résultats des recherches archéologiques est passé par l’identification des mobiles générateurs de cette prospective. Ainsi, soutenu par la béquille de l’individualisme méthodologique, l’itinéraire de raisonnement décliné s’est inféodé à une architecture soutenue par trois piliers précédés par une orientation terminologique : identifier des éléments de faiblesse dans la pratique archéologique et les hypothèses sur une considération dirimante dans un premier temps ; puis problématiser l’orientation temporelle ou chronologique dans une double perspective de pertinence et de cohérence du caractère prégnant du dévoilement dans un deuxième temps ; et enfin, construire un cadre de concertation entre différence et référence afin de baliser un fondement méthodologique pour une intégration des problématiques localisées dans un troisième temps.
pp. : 167-186 Femme et dynamisation de la culture du café dans le Moungo (1934-2020) Théodore Ngoufo Sogang & Gildas Hussein Diffouo Contrairement à la perception commune qui prévalait pendant la période coloniale et même précoloniale, les femmes du Moungo ont joué un rôle crucial dans l’économie et la culture de la région, au-delà de leur rôle traditionnel de mères et de gardiennes du foyer. Bien que leur contribution en effet ait été souvent réduite à la sphère domestique, notamment à travers la pratique des cultures vivrières destinées à la consommation familiale, elles ont également été des actrices incontournables dans la dynamisation de la culture du café, une culture imposée, mais aussi contrôlée par l’administration coloniale qui a pris corps au Cameroun à partir de 1928. Les femmes du Moungo ont démontré une grande capacité d’adaptation face aux exigences de la culture de cette nouvelle plante agricole, en devenant des actrices principales et irremplaçables dans les opérations d’entretien et de maintien des structures caféières. Elles ont exercé leurs activités dans trois types de structures distinctes, notamment dans les exploitations paysannes, dans les exploitations industrielles ou européennes et enfin dans les structures appartenant à des femmes propriétaires, où elles ont joué un rôle essentiel dans la production et dans la gestion du café, nouvelle source de revenus. Notre investigation historienne, fondée sur une analyse systématique des discours et des documents variés, soutenue par des enquêtes orales et la convocation des disciplines connexes à l’histoire, nous a permis de collecter et d’analyser les données relatives à la participation des femmes du Moungo à la culture du café dans la région. Les résultats de notre étude montrent que ces femmes, au sein des différentes exploitations où elles ont exercé, ont accompli une variété de tâches, notamment la cueillette, le sarclage, le désherbage, l’entretien des plants, l’épandage des engrais, le transport des cerises de café et même dans la gestion des organismes d’encadrement du monde paysan. Ces activités ont largement contribué à la dynamisation de la culture du café dans la région du Moungo et ont conféré une large autonomie financière aux femmes camerounaises. Notre analyse met en évidence l’importance de la contribution des femmes à l’économie locale et souligne la nécessité de prendre en compte leur rôle dans l’histoire économique et sociale de la région.
pp. : 187-206 Crises de succession et redistribution du pouvoir dans les chefferies Baleveng et Foréké-Dschang (1952-2005) Célestine Colette Fouellefak Kana & Christabel Tsiafie Les crises de succession au trône dans les chefferies bamiléké de l’Ouest-Cameroun ont fait l’objet de nombreuses études (Tchoutezo : 2006, Tsiafié 2022). Les travaux qui abordent les crises dans ces institutions traditionnelles s’accordent sur ses conséquences néfastes dans la désacralisation du pouvoir traditionnel (Djache Nzefa : 1994). En fait, les incompréhensions qui découlent des pratiques successorales dans les chefferies yemba en général trouvent leurs origines dans l’implication des administrations coloniales et post-coloniales (Fouellefak Kana : 2002). Pendant longtemps, ces crises ont occasionné des situations complexes de bicéphalisme à la tête des institutions traditionnelles (Tsiafié : 2022). C’est le cas des chefferies Baleveng et Foréké-Dschang dans l’aire culturelle Yemba. Le présent travail, qui questionne les effets négatifs des crises successorales sur le pouvoir traditionnel, part de l’hypothèse suivant laquelle, les causes profondes de ces crises remontent à la période coloniale et à l’orée de la période postcoloniale. Quels sont les mobiles des crises de succession et leurs impacts dans la redistribution du pouvoir dans les chefferies Baleveng et Foréké-Dschang (1952-2005) ? À travers les recherches sur le terrain, la lecture des documents, la collecte des informations au moyen des interviews, l’article cerne les mobiles ayant conduit aux crises successorales dans ces chefferies en accordant une importance particulière au choc entre les normes traditionnelles de succession en vigueur et les normes modernes. Il en ressort que ces crises posent la délicate problématique de légitimité ou de légalité du pouvoir. Elles conduisent à des situations de bicéphalisme caractérisé par l’existence de deux autorités traditionnelles pour l’administration d’une chefferie. L’État devra se pencher sur cette délicate question en privilégiant le droit coutumier qui peut régler les questions successorales dans les chefferies traditionnelles.

Caractéristiques

ISSN : 2709-9989

Périodicité : un numéro par an

Prix :  5.000 F CFA (Zone CEMAC)

Pagination : 232 pages

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